moi

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Minuscule note bi(blio)graphique de Stéphane Piletta-Zanin

stephaneP.jpgMinuscule note bi(blio)graphique

Piletta-Zanin  (SPZ comme on l’appelle volontiers) apparaît au monde en 1957, le 1er avril précisément.

 Beaucoup, dans la vaste confrérie des gens de Justice, déplorèrent immédiatement date et événement. Quant au reste du monde, bon nombre  célèbrent encore ou révèrent le jour par un déferlement d’humour.

Vers ses vingt ans il fonde avec d’autres une revue littéraire : YMER. Aussitôt parue, aussitôt disparue. Le groupe explose en effet, l’idée tout aussi bien, comme il en est souvent des projets que l’on fait à ses vingt ans. Cependant, la revue serait toujours activement recherchée par des collectionneurs avertis. A moins qu’ils ne fussent mus par une addiction  en quelque sorte aux cartons de bouquinistes. Cela existe : SPZ en sait quelque chose ; un procès a été formé par un groupe de copropriétaires contre l’un de ces afficionados, mais ce au motif paraît-il avéré que les poutres de l’appartement en cause ployaient et commençaient à céder sous le poids des ouvrages accumulés. Comme quoi la passion de la lecture peut être dangereuse !

 

Néanmoins il s’éprend d’art. Autant qu’il le peut, il cherche à acquérir des œuvres. Il rencontre ainsi certains personnages, dont l’un, H.N a été combattant chez les Républicains durant la guerre d’Espagne. Il lui raconte les tranchées, les bombardements, les guerriers arabes de Franco, Hemingway frappant sur sa Corona. Il ne le sait pas, mais c’est déjà du matériel qu’il accumule pour son « Barde-Lons ». Ouvrage où tout est véridique bien sûr, autant que saura l’être la néo littérature para- fantastique. Lui succèdera – incessamment – « Le roman posthume (ou la brigade des porcs tueurs) ». Ce  dernier, récit issu d’un fait divers :  l’abattage d’un porc prévu – en période d’hostilités et en Bosnie-Herzégovine – pour un événement festif, mais d’où tombera, la bête ayant été ouverte, la main à moitié dévorée  d’une femme.

Histoire pour partie véridique donc et où l’on trouve un général d’aviation italien  baptisé selon le rite orthodoxe, en mission en Afrique,  porteur de prénoms teutoniques, grand amateur de femmes, de comptines et de cantines ; un  curé également muté en Afrique, pourvu cependant d’un oncle au Vatican,  lequel curé proposera au général italien d’écrire toutes les lettres aux familles, avec citations individualisées, mais contre remise de tout  son stock de préservatifs en vue de leur fourniture aux familles locales. Enfin un diplomate suisse en effet, sacrifié, mais qui sait tout, voit tout, comprend tout et finira par mourir au détour d’un vers « ô mon crâne, étoile de nacre qui s’étiole ». Véridique donc !

Très tôt PZ s’éprend des grands textes ; Salammbô, (et son voyou de mercenaire à qui elle cède assez rapidement, chaînette d’or ou pas), les filles du feu… Il dévore le Grand Jules (comme le Grand Louis du Barde- Lons) enfin il tombe amoureux de l’écriture de celui que tout un continent désigne affectueusement par son surnom : Gabo.

Ainsi « Le temps s’écoule à Barde-Lons »  sous-titré « retraits amoureux ou les avatars d’Emilienne »  avec ses plus de deux cents références littéraires ou musicales se veut bien sûr un hymne à l’amour au temps du Choléra ou, plus encore, aux cent ans de solitude.

Avocat en vue – il se verra nommé pour la conduite de certains des plus grands procès criminels depuis Nuremberg -  il n’abandonne cependant jamais tout à fait l’écriture.  Ecrit alors en catimini. .Jamais aussi heureux qu’en tenant une plume. Quelques ouvrages, romans (les oreilles d’Agamemnon, un homme de rien,) et nouvelles (nouvelles toscanes, Shogan Shogan mourra un jour) , appelés bien sûr à une prochaine réimpression, voient ainsi le jour, mais en  une édition intimiste, tout aussi improbable qu’artisanale: Mode d’emploi :  Les itinérants du spectacle.

Sous cet angle du monde politico- judiciaire il se voit très tôt confié des mandats à caractère politique (et donc économique). Au milieu des années 80, c’est tout un Etat (fût-il cantonal) qui est ébranlé par un vaste scandale de fausses factures, ce bien sûr au profit d’amis politiques de la même couleur évidemment que ceux qui étaient  alors en charge du principal Département visé. Des hiérarques, des personnalités étrangères, politiques ou militaires, étaient en effet invités à se faire traiter  en Suisse, mais ce à des conditions économiques bien particulières : la manne de l’Etat pourvoyait !   On lui confie alors, relativement jeune encore, des mandats en arbitrage (au-dessus du milliard de pounds !). Là, c’est tout le développement (et l’avenir) d’un Etat européen en matière de réseaux de communication qui est en jeu. Eminemment stratégique bien sûr ; la Défense n’est jamais bien loin ! Cela provoque quelques grincements de dents, d’autant qu’il se refuse à toute espèce de co-listage. Sans pitié paraît-il – ce qui est totalement faux -  il devra solliciter à Paris et du Bâtonnier alors régnant la sanction la plus grave contre un Confrère. Simplement l’injustice caractérisée l’insupporte, le révolte !

Il sera  parmi les premiers avocats autorisés à plaider devant le Tribunal pénal  international pour l’Ex-Yougoslavie, participera à certains des plus grands procès, ce qui donnera lieu à un « roman critique » : Pour l’Amour de Sarajevo (L’âge d’Homme ; 2014).  Exemple impossible et assez singulier sinon rare, il faut le dire, d’un  « roman » incorporant   quelque 172 notes de bas de page à caractère politique ou historique, allant par exemple d’un des plus grands mensonges historiques (les massacres en forêt de Katyn ; un demi-siècle d’omerta è politique),  avec exécutions effectuées au moyen d’armes prises à l’ennemi :  au soutien de l’administration Clinton au trafic d’armes malgré un embargo UN, ou à la position de la France sur le même sujet et dans les mêmes circonstances d’embargo en Syrie.  Une note spécifique avait été consacrée aux groupements islamistes, leur nombre et leur importance. Cependant chaque deux semaines il fallait la compléter : il y sera finalement  renoncé. 

Dès lors, parmi les premiers arrivants au TPIY, il participe au développement de l’association des conseils de la défense ( ADC) et se bat pour le représentativité de la langue  française.  Ainsi, il n’hésitera pas à utiliser,  avec une  fréquence parfois remarquée il est vrai,  des structures dont le Procureur et l’Accusation, évidemment anglophones, se plaignaient en audience qu’elles fussent  « slightly archaïc », à l’effet volontaire- prétendaient-ils quoique à tort bien sûr - de retarder les traductions et, pour eux donc, la communication des actes en cause. Mais on ne se refait pas !

 Il est également parmi les premiers avocats  à être listé au sein de la Cour pénale internationale. Il  se confronte au terrain, est nommé chef de Mission pour la Défense en lien au Darfour et au Congo (RDC). Dans une base militaire en  Afrique et lors d’un interrogatoire particulièrement tendu avec un jeune procureur qui deviendra membre  d’une équipe  présidentielle américaine, il va imposer à la CPI l’adoption quasi  immédiate de nouvelles règles techniques et pratiques  en lien au traitement physique des dossiers et surtout des informations contenues. A défaut, il aurait conseillé à son client de ne rien dire – droit premier de la défense – et pris le premier avion pour l’Europe. Il craignait des fuites même au sein d’une telle institution. Quelques années plus tard, le phénomène des lanceurs d’alertes et de l’organisation du traitement fuites s’invitera dans le discours sociétal,  judiciaire et politique. Telle Cour des comptes ne vient-elle pas d’instaurer un lien informatique sécurisé pour toute dénonciation sous couvert d’anonymat !  Retour peut-être d’une nécessaire bocca della verità  (ou plus tard :  bocca di Leone) qui s’imposerait encore à nos sociétés modernes ?

Aujourd’hui, il a été  choisi pour la révision d’un méga procès criminel. Mais tout en conduisant en parallèle d’importants projets immobiliers

                                                                        ***

Cependant, comme d’autres avaient leur gueuloir, il va se chercher quelques lieux, qu’il a tôt fait d’appeler ses écritoires. L’un en Toscane, le premier, où il écrit, en plein ciel, tout contre le clocher roman ; le second en terres ibériques, l’après-midi uniquement, tout en haut d’un moulin désarmé mais plongeant sur la mer,  le troisième ; les vestiges d’une tour minoenne, s’écroulant elle depuis des siècles dans la passe et sur les sépultures qui s’y trouvent, le dernier enfin, au milieu des vignes où il a poussé, tout contre une façade du XIVème qui aujourd’hui menace ruine. Ce qu’il s’emploie à sauver, en dépit des thuriféraires bien locaux d’un Département aussi aveugle qu’obtus…

Là cependant, il écrit jusqu’à tard, à nuit bien avancée.

Et lorsqu’ils voient de la lumière, parfois des passants, des amis  entrent; partagent un verre, et le plus souvent sollicitent un conseil.

Et une histoire démarre à nouveau.

 

 

 

Écrire un commentaire

Optionnel