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Note d'intention de Simon Hatab, dramaturge à l'Opéra de Paris

18402881_304478329966296_1955355994418478524_n.jpgSimon Hatab est dramaturge. Il travaille à l’Opéra national de Paris et a collaboré avec la metteure en scène Marie-Ève Signeyrole pour les spectacles 14+18, La Soupe Pop. Il a donné à l’Université Paris X Nanterre un cycle de cours consacrés à la dramaturgie et participé en tant qu’artiste associé au programme Performing Utopia du King’s College de Londres. Il écrit régulièrement dans le magazine Fumigène – Littérature de rue.

Note d'intention : J’ai l’habitude d’écrire dans cette forme de dialogue. L’art dialectique me vient de mon métier de dramaturge où je ne travaille jamais seul, mais avec des metteurs en scène qui après nos discussions sur la construction du spectacle ont le final cut.

Avec Elisa, c’était la même forme de dialogue. J’écoutais très attentivement ce qu’elle me racontait lors de nos multiples rendez-vous, puis je faisais des propositions, j’écrivais des choses, qu’elle reprenait, nuançait, approuvait, validait ou critiquait.

Au début, nous ignorions où cette aventure allait nous mener.  Mais, petit à petit, des phrases naissaient dans mon esprit et je les suggérais à Elisa.

J’étais amené à réécrire ce qui ne lui convenait pas. J’avais besoin de cette confrontation, de ce jeu de ping pong pour écrire.

Le dialogue, la confrontation, le côté un peu dramatique me font avancer, cerner l’objet, réussir à produire quelque chose.

A l’origine, Elisa avait envie de faire quelque chose sur cette ville de Gyeongju, sans savoir quoi. J’ai immédiatement eu l’intuition que c’était un sujet d’écriture. Ce qu’elle disait me fascinait, c’était un sujet biographique, romanesque ? je ne sais pas mais j’étais fasciné.

Elle m’a associé dans le projet avec beaucoup de générosité, alors que c’était un sujet intime, qui la prenait aux tripes.

Sa démarche consistait à se décentrer, c’est cette utopie-là qui m’intéressait et que j’avais envie d’approfondir à ses côtés. Elle m’a donné une grande place avec beaucoup de générosité. Nous étions dans un corps à corps de création. Notre manière d’échanger très rapide façonne l’œuvre.

Le sujet du livre était tellement intime pour elle qu’il était impossible de l’éclaircir – ce qui est très bien : la part de brume appartient au lecteur et c’est ce qui nous a captivés dans ce projet. J’ai influé sur la façon dont on raconte le projet.

Mais les événements du livre, comme cet homme grâce auquel elle trouve les mots, sont son territoire. Cet autre coauteur de l’histoire, l’homme qu’elle rencontre avant de l’épouser, me supplante, me dépossède de l’histoire et me remet à ma place. Je me suis contenté d’écrire, sans le pouvoir d’influer sur le cours de sa vie. Je ne suis en somme « que » l’auteur, remis à sa place. La réalité, la plupart du temps, dépasse la fiction.

 La langue, c’est un endroit qu’on habite. J’ai certes mis beaucoup de moi dans mes mots. Je n’aime que raconter d’autres histoires que la mienne, ça m’est naturel pour ne pas sortir de ma zone de confort.

Le final cut a été le fruit d’un consensus, moi parce que la forme me convenait, elle parce que le fond lui convenait.

Alors que les mots sont accoutumés à construire une histoire, ce livre est paradoxalement une déconstruction. Le récit se fait au moyen des images qui prennent la forme narrative. Nous avons détourné les moyens d’expression qu’on avait tous les deux – les mots, les photos - de leurs fonctions habituelles. Ensemble ils sont conçus pour constituer une même œuvre sans que l’un des deux l’emporte sur l’autre. Le texte n’est jamais assujetti aux images.

Le besoin de modeler cette ville répond à notre volonté de nous libérer des clichés qu’on a en tête. Nous tournons volontairement autour des choses sans jamais les toucher. Nous figeons des instants fugaces, nous les couchons sur papier et rejoignons ici le principe du théâtre qui m’est si familier : l’art du présent. 

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